À la rencontre des Karens

Plutôt que de flâner sur les plages du sud de la Thaïlande, nous avons été à la rencontre d’une des tribus du nord : les Karens. Et pour se faire, rien de mieux qu’un trek de trois jours ! 🙂

Organisation du trek 

Nous avions dans l’idée de profiter de notre séjour en Thaïlande pour sortir des sentiers touristiques et commencer à voyager en mettant les rencontres au coeur de nos priorités. Amandine a passé beaucoup de temps à faire des recherches, et à éplucher TripAdvisor, pour trouver un trek organisé (ce serait inconscient d’entreprendre cela par nous même !) qui réponde à nos attentes. C’est à dire :

  • Rencontrer une tribu et découvrir son mode de vie
  • Comprendre l’environnement de la forêt thaïlandaise et les pratiques agricoles
  • Apprendre à utiliser les ressources de la flore pour survivre
  • Ne pas voir un seul touriste en dehors de notre groupe
  • Découvrir des paysages inoubliables

Un organisme semblait proposer ce que nous souhaitions : Pooh Eco-Trekking. Au menu : garantie de ne croiser aucun touriste ; pas de multiples activités, sans intérêt dans cette démarche, comme le propose les autres (rafting, balade à dos d’éléphant, saut à l’élastique et autres) ; hébergement avec une famille tribale Karen ; appréhension de la faune et de la flore locale ; sensibilisation à l’écologie et aux techniques agricoles responsables.

Le site internet de Pooh Eco-Trekking est d’ailleurs explicite en utilisant cette citation :

Leave nothing but footprints (ne rien laisser sauf des traces de pas)

Take nothing but pictures (ne rien prendre sauf des photos)

Kill nothing but time (ne rien tuer sauf le temps)

Nous avions réservé le trek plusieurs mois à l’avance afin d’être sûrs d’avoir de la place ! C’est dire si nous en avions envie 🙂 Nous étions donc à l’heure la veille du départ pour rencontrer notre guide et avoir un briefing. Ce rendez-vous a été l’occasion de rencontrer notre guide : Ropu (à prononcer RRRRoooopou). Nous avons tout de suite eu un super feeling ! Très sympathique, marrant et avec un anglais largement compréhensible, ce qui en Thaïlande n’est pas si courant 🙂

Nous avons aussi rencontré à cette occasion les autres membres de notre groupe. Coup de chance : que des jeunes de notre âge ! Se seront 5 français et une fille de Nouvelle-Zélande qui nous accompagneront pendant les trois jours de marche. D’ailleurs, l’un des français fera l’ensemble du Trek pieds nus ! Attention il est habitué à ce genre d’exploit, à ne pas essayer soi-même, sachant qu’Amandine et moi sommes tombés alors que nous avions des chaussures…

Une fois les présentations faites, Ropu nous donne à chacun un sac à dos à remplir à l’hôtel pour revenir avec le lendemain, le jour du trek. Que faut-il mettre dedans ? Sachant que nous allons porter duvet et eau, Ropu nous conseille d’être léger pour ces 3 jours :

  • 1 tee-shirt
  • 1 paire de baskets
  • 1 paire de sandales (car nous allons traverser des rivières)
  • 2 paires de chaussettes
  • 1 lampe frontale
  • 1 tee-shirt à manches longues pour la nuit
  • Papier toilette
  • 1 brosse à dent
  • Spray anti-moustique
  • Crème solaire

Jour 1 : Million stars hotel

Le jour du départ est arrivé ! Nous nous retrouvons au bureau de Pooh Eco-Trekking à 7h30. Nous embarquons tous dans un minibus pour un trajet de 4 heures vers la montagne et la forêt ! A mi-chemin nous faisons un dernier arrêt dans la civilisation, à un marché d’une petite ville pour acheter des fruits et des légumes pour le trek. Ropu en profite pour nous faire un tour du marché et nous présenter certains produits locaux. Il semble connu et apprécié des habitants.

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Le marché est beaucoup plus authentique que dans les grandes villes. Pour les plus courageux on y trouve même de la viande…

Après avoir goûté de très bonnes galettes de riz soufflées et des beignets à la patate (un peu moins bon), nous embarquons de nouveau dans le van. Je ne profite pas vraiment du paysage puisque je m’endors sur la route… mais c’est aussi l’occasion de prendre des forces avant la marche !

Après une nouvelle heure de route, nous arrivons dans un autre village, sans le visiter cette fois. Nous descendons du van pour un repas de midi partagé tous ensemble. C’est l’occasion de mieux se connaître et d’échanger nos expériences de voyage. Nous finissons nos assiettes, prenons un peu d’ananas en dessert (ils sont succulents en Thaïlande !) et c’est reparti ! Cette fois ce n’est pas dans le van que nous embarquons mais à l’arrière d’un pickup qui n’a sûrement jamais vu de contrôle technique 🙂

Fini également le bitume, c’est sur une piste de cailloux et de terre que nous roulons pendant 20 minutes ! Je peux vous dire que nous nous accrochons dans les virages ! Nous sommes enfin déposés sur un petit sentier que nous allons parcourir à pied pendant les trois prochaines heures. Ca y est le trek commence ! Nous faisons à peine quelques centaines de mètres que Ropu nous montre deux variétés d’araignées inoffensives que nous ne connaissions pas, dont la « L’araignée crabe » qui à une carapace très résistante. Enfin il nous présente une troisième araignée très célèbre : la tarentule ! Autant notre guide a attrapé les deux premières sans aucunes craintes, autant avec la tarentule il se montre plus précautionneux ! Elle attaque furieusement la branche qu’il lui présente et nous nous tenons un bon mètre en retrait 🙂 Courageux mais pas téméraires !

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Les paysages que nous traversons sont très diversifiés et varient entre champs de riz secs et forêt verdoyante

Nous continuons à marcher en file indienne (enfin à grimper plutôt, la pente est raide !). Ropu nous présente aussi toutes les graines et fruits que les tribus des montagnes ont l’habitude d’utiliser. Notre préférée : une petite graine que l’on secoue près de son oreille et qui fait le bruit de la pluie ! Pas aussi utile que la baie qu’ils font bouillir pour enlever le mal de crâne, mais divertissant.

Après une bonne côte, nous arrivons enfin au village ! Nous sommes tous hébergés dans la même maison d’une famille Karen. Ropu la surnomme : Million Stars Hotel (ce qui en bon français donne : L’Hôtel aux millions d’étoiles). Ce n’est pas le luxe qui compte ici, mais l’ambiance et le ciel étoilé que l’on nous promet ! Ropu nous invite à visiter le village par nous même avant que le soleil ne se couche. Demain il nous accompagnera pour nous faire visiter et répondre à toutes nos questions. Après 5 minutes de balade nous avons déjà des interrogations plein la tête.

Nous croisons beaucoup de cochons, de coqs et de poules. Les maisons sont construites sur pilotis : en haut les humains, en bas la bassecour. Nous rencontrons bien sûr les villageois qui nous saluent et nous sourient (difficile de dire de toutes leurs dents car certains n’en ont plus beaucoup) tout en vacant à leurs tâches quotidiennes. Les interactions étant difficiles, nous communiquons par retour de sourire. Beaucoup d’enfants courent et jouent à cache-cache avec nous ! L’un d’eux, le plus malicieux, m’emprunte l’appareil photo et réussi un très beau cliché de mon visage en gros plan ! Nous rions tous ensemble du rendu peu esthétique et de ma tête pas franchement rassurée de voir notre appareil ainsi manipulé 🙂 Il est étonnant de voir que tout le monde fume du tabac roulé dans des feuilles de bananier. Les femmes, elles, sont nombreuses à fumer de longue pipes en bois. Aucune idée de ce qu’elles mettent dedans mais l’odeur est forte !

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Les toilettes… tout un programme !

Nous revenons ensuite à la maison pour aider la famille à préparer le repas du soir, que nous prendrons tous ensemble dans la pièce principale. C’est l’occasion de sortir nos couteaux Opinel ! Nous coupons avec eux les ingrédients, en suivant leurs instructions à la lettre (il s’agit de reproduire les gestes puisque nous ne comprenons pas vraiment les ordres verbaux). Finalement, tous ces efforts réunis nous offrent un succulent curry de poulet dont on se ressert avec empressement. La balade, ça creuse ! Après le repas nous allons admirer les étoiles. Ropu n’a pas menti ! Je n’avais pas vu un ciel aussi étoilé et aussi beau depuis Djibouti en Afrique. Nous restons seuls tous les deux, avant de rejoindre notre « chambre ». Il s’agit d’une grande pièce avec des nattes au sol et des moustiquaires, que nous partageons à huit 🙂 Notre compagnon Will est le plus confortablement installé car il a pris son hamac avec lui !

Jour 2 : Bamboo Camp

La nuit a été froide et surtout courte ! Les coqs du village ont commencé à chanter dès 4 heures du matin, et il y en avait un juste en dessous de notre chambre… Et à partir de 5 heures les cochons ont débuté eux aussi la journée. Ce qui fait qu’à 5h30 du matin, Am et moi sommes en haut du village, sous nos duvets, à regarder le lever de soleil. Le paysage est à couper le souffle, nous restons un bon moment à regarder le soleil franchir, puis dépasser l’horizon. Nous redescendons à la maison pour prendre le petit déjeuner. Riz et fruits sont en train d’être partagés quand nous entendons un cri de souffrance qui résonne dans tout le village ! Nous allons voir ce qu’il se passe à l’extérieur et tombons sur la mis à mort d’un cochon. Rude au petit déj’ ! Surtout que la méthode Karen consiste à d’abord assommer l’animal à grands coups de bâton pour ensuite pouvoir l’égorger, le brûler, racler la peau et finalement le dépecer. Heureusement que le riz tient bien au corps car le spectacle est assez inédit !

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Pauvre cochon…

Suite à cet événement, nous parcourons le village avec Ropu et lui posons milles et une questions ! Nous apprenons ainsi que les Karens se marient très jeunes, dès 14 ans. A l’âge de dix ans, les femmes apprennent à coudre et à utiliser le métier à tisser. Ensuite, tout au long de leurs vies, elles assureront les tâches domestiques mais aussi la récolte et le transport du bois (les hommes, eux, portent le coton…). Le village a été équipé par l’Etat de panneaux solaires il y a 15 ans et une école en dur vient tout juste d’être achevée. La scolarité est obligatoire jusqu’à 13 ans. Ensuite, ils peuvent continuer à étudier, mais en ville ou alors restent au village.

Après un dernier salut à quelques villageois, nous reprenons la marche, accompagnés de 3 nouveaux guides : Wang, U et Dji. Ils seront là pour assister Ropu et répartir les charges car nous partons en autonomie pour deux jours. Après une heure de marche, nous allons entamer une descente que Ropu qualifie de dangereuse… nous sommes tout de suite méfiants 🙂 En plus, les autres guides, commencent à nous découper des bâtons de marches dans un bambou très dur (il y a 145 espèces de bambous et ils n’ont pas tous les mêmes propriétés). En effet, la descente est très dure jusqu’à la rivière et Am n’échappe pas à la chute ! Heureusement, elle s’est vaillamment rattrapée et n’aura qu’un gros bleu sur les fesses.

Nous atteignons enfin la rivière dans laquelle nous nous rafraîchissons pendant que le repas du midi est en train d’être préparé. Nous sommes servis dans des feuilles de bananier et nos baguettes ont été taillées dans du bambou. Pratique et surtout pas de vaisselle à faire, tout retourne à la forêt 🙂 Nous profitons aussi de cette pause pour continuer à nous entraîner au lance-pierre, dont nos guides sont équipés. Les Karens les utilisent pour chasser de petits oiseaux. Nous essayons sans réel succès de toucher de gros morceaux de bambous.

Nous poursuivons notre route, cette fois en suivant la rivière et en la traversant à plusieurs reprises. Parfois même, il nous faut marcher sur une centaine de mètres avec de l’eau jusqu’au genoux (d’Amandine, donc au mollet à peu près pour moi…). La marche dans cette rivière, encaissée dans une gorge naturelle, dure une bonne heure et nous nous réjouissons de cette nature magnifique. L’arrivée est récompensée par la vue de notre nouveau lieu de repos : Le Bamboo Camp ! Il s’agit d’une grande cabane en bambou, entourée par la rivière et avec une terrasse au milieu de laquelle passe un arbre immense. Nous sommes conquis ! C’est l’heure d’aller prendre une bonne douche sous la cascade de la rivière 🙂

Nous passons la fin d’après-midi à confectionner des couverts en bambous et à regarder nos guides préparer du riz à la Karen (venez voir la vidéo que nous avons réalisée sur cette recette délicieuse !). Nous passons encore une super soirée à discuter tous ensemble autour d’un très bon repas ! Il est l’heure d’aller se coucher car demain une incroyable expérience nous attend !

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La fine équipe ! A gauche : Will, Pauline, Max et Kate / A droite : Laura, Rémi (et oui j’étais pas le seul !) et les Frogtrotters !

Jour 3 : Batcave

Encore une nuit très froide ! Au moins, nous avons mieux dormi (toujours à même le sol), car il n’y avait ni cochons ni coqs 🙂 Nous prenons un rapide petit déjeuner composé d’ananas et d’une excellente omelette cuite dans un bambou avant de lever le campement. Nous marchons toujours à travers la rivière, pendant une heure avant de faire une pause et de prendre une douche sous une super cascade. En plus du rafraîchissement, elle offre aussi un massage tonique quand on se tient dessous ! Nous reprenons notre marche, direction… la Batcave (La grotte des chauves-souris) ! Pas celle de Batman mais une vraie grotte que nous allons traverser, éclairés par des torches… en bambou évidemment ! Ropu nous prévient que les chauves-souris géantes ne seront pas dans la grotte. Il fait trop froid en ce moment, elles dorment donc à l’extérieur (nous poussons un soupir de soulagement même si au fond de nous, nous aurions aimé les voir… de loin 🙂 ). La traversée de la grotte est inoubliable ! Nous avons de l’eau à mi-mollet et nous marchons tous dans un silence religieux. Il nous faut un bon quart d’heure pour arriver au bout (après avoir vu tout de même une petite chauve-souris). Nous avons très envie de refaire le chemin en sens inverse pour revivre à nouveau cette expérience ! Mais c’est dans nos souvenirs que nous recréerons cette ambiance inimitable car pour l’heure il faut avancer et finir le trek !

Nous continuons à marcher en traversant cette fois des rizières sèches. La marche n’est pas aisée car il faut tenir sur les petites bordures qui séparent les bassins (heureusement à secs) et franchir des clotures en bambous. Nous nous arrêtons dans une maison de ferme, il s’agit d’une construction en bambou avec une seule pièce. Nous prenons le dernier repas du trek et si l’ambiance est toujours au beau fixe, nous avons un pincement au coeur de savoir que l’aventure touche à sa fin. Pour finir le trek, une pente ultra raide nous attends ! Heureusement, Ropu avait exagéré l’estimation de la durée de la marche 🙂 Il appelle cela des  »Ropu minutes ». L’heure de grimpette s’est finalement transformée en 20 minutes ! Et tout en haut nous attend un pickup, prêt à nous ramener vers la civilisation…

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1 km à pied, ça use, ça use…

Bilan

Au final, nous ne pouvons que vous encourager à tenter une expérience similaire ! Nous avons vraiment profité de ces trois jours, qui étaient le break idéal avant notre départ pour l’Australie. Nous retiendrons surtout :

  • De très belles rencontres
  • Une nature préservée et magnifique
  • La Batcave à la lumière des torches (ça faisait vraiment Indiana Jones !)
  • Un gros bleu sur les fesses d’Amandine
  • Des souvenirs impérissables
  • Des millions d’étoiles
  • Du bambou à tous les étages
  • Dormir à même le sol, ça fait mal au dos
  • Ropu, le meilleur guide de la jungle
  • Pauvre cochon…
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Le thé du matin… dans du bambou bien sûr ! Santé !

 

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4 réflexions sur “À la rencontre des Karens

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